J’ai réalisé mon service volontaire de coopération au Mali grâce à la Fondation Follereau Luxembourg. Cela restera une expérience inoubliable. Sur le terrain, j’ai intégré l’équipe de la COFESFA. Cette association de femmes maliennes, partenaire de la Fondation Follereau Luxembourg, lutte pour l’assainissement, l’éducation et la santé familiale en construisant des centres de santé, des maternités en pleine brousse, des puits, des forages et met des moulins et des décortiqueuses à la disposition des femmes.

Pendant 5 mois, j’ai partagé le quotidien des maliens et j’ai énormément appris sur leur façon de vivre, leurs coutumes, leur culture tout en étant un témoin direct des problèmes auxquels ils doivent faire face jour après jour. Le Mali est un des pays les plus pauvres du monde et tous les problèmes en reviennent toujours à ce point de départ. Il n’y a pas assez d’eau potable, pas assez d’écoles, pas assez de centres de santé. Là, où ces infrastructures existent, la population n’a pas les moyens financiers nécessaires pour en bénéficier. Les gens ne sont pas suffisamment éduqués et ignorent les règles d’hygiène de base pour se protéger efficacement contre certaines maladies. J’ai pris conscience du rôle des femmes au Mali, très différent de chez nous. Au Mali, elles sont responsables pour la vie familiale. Elles sont en charge du ménage, de la cuisine et veillent au bien-être de leur mari et des enfants. Le tout sans eau courante et sans électricité. Ce sont elles aussi qui doivent gagner de l’argent pour payer les vêtements, les ustensiles de cuisine, l’éducation des enfants, les visites médicales et les médicaments en cas de nécessité. Le mari rapporte l’argent pour les céréales et éventuellement quelques légumes. Les femmes sont les actrices principales du développement en Afrique. J’ai également visité plusieurs autres projets de la FFL et j’ai pu me rendre compte moi-même sur place comment une ONG investit l’argent récolté au Luxembourg. C’est très impressionnant de voir ce qui a été réalisé sur place et l’amélioration importante des conditions de vie de la population locale qui en résulte. Plus important encore : aujourd’hui, j’ai compris que la seule manière efficace d’aider le Sud est de collaborer avec les populations sur place. Il faut les aider à développer des projets et leur donner les moyens de les réaliser. Il faut prendre les décisions conjointement avec les bénéficiaires puisqu’ils savent de quoi ils ont besoin exactement. On ne peut pas mettre une structure en place sans en discuter préalablement avec les villageois concernés car cela ne fonctionnera pas. Il faut impliquer les bénéficiaires dans chaque pas de la démarche pour que le projet qui en résulte soit un succès et qu’il perdure. Les partenaires locaux sont aussi plus proches des bénéficiaires, comprennent mieux la réalité du terrain et sont capables d’identifier objectivement les besoins de la population (ensemble avec elle). Enfin, ces partenariats permettent aussi de couvrir certaines régions plus isolées.

J’ai également eu la chance de passer une partie de mon service volontaire de coopération dans une structure basée à Ségou qui accueille les enfants de la rue. Il faut savoir qu’au Mali, il y a énormément d’enfants livrés à eux-mêmes. Parfois, ils sont orphelins, parfois, ils ont été confiés à un maître coranique pour recevoir une éducation musulmane mais celui-ci dépassé par le nombre d’enfants dont il a la charge ne peut plus subvenir à leur besoin et les envoie dans la rue pour mendier. Si les enfants ne rapportent pas une somme d’argent suffisante à leur retour, ils sont brimés ou battus. Certains encore ont perdu leur mère et doivent composer avec la seconde ou troisième épouse de leur père. Les rapports sont alors parfois conflictuels et les enfants n’ont pas d’autre choix que de s’enfuir du domicile familial pour trouver refuge dans la rue. Je suis très satisfaite de cette expérience car j’ai pris part à toutes les activités organisées pour les enfants : j’ai accompagné les éducateurs dans les rues de Ségou pour trouver les enfants livrés à eux-mêmes, j’ai assisté à des séances de sensibilisation sur les méfaits de la rue, j’ai accompagné les enfants en excursion, j’ai visité les enfants au travail, j’ai énormément discuté avec les éducateurs et joué avec les enfants.

Je sais que je n’ai pas sauvé le monde en me rendant 5 mois au Mali. Mais ce fut, à mon niveau, une expérience très enrichissante où j’ai pu découvrir une autre culture, une autre façon de vivre. J’ai appris tout le sens du mot “partage” au Mali. Ces gens qui ont si peu mais qui sont prêts à tout partager avec vous, c’est très impressionnant et si loin de nos habitudes européennes. J’ai lié amitié avec beaucoup de personnes et je souhaite conserver des contacts réguliers avec elles. Je suis convaincue que j’ai également, à ma façon, apporté quelque chose aux femmes maliennes. J’ai pu leur expliquer mon point de vue sur certaines situations comme par exemple l’excision des jeunes filles et j’ai réalisé qu’elles étaient également très préoccupées par ce sujet. Nous nous sommes longuement échangées sur ce point et je suis heureuse de voir que les mentalités évoluent peu à peu.

Maintenant je vais poursuivre mes études en physique et réaliser un doctorat. Mais je suis certaine que je vais retourner un jour au Mali. J’ai appris à aimer ce pays et les Maliens et surtout j’ai trouvé une nouvelle famille et des amis. Ils me manquent et je veux les revoir absolument.